En ouverture de cette réunion-débat sur le droit au logement, il est une question qui mérite, en tout premier lieu, d'être posée pour que la discussion qui va suivre puisse s'inscrire dans un cadre juridique précisé.
Cette question est la suivante : existe-t-il un droit fondamental au logement en droit constitutionnel français ?
Autrement dit, notre Constitution française garantit-elle à tous un droit à disposer d'une habitation convenable et décente ? C'est une question essentielle, car elle sous-tend de nombreuses conséquences pour la législation en matière de logement. De la réponse à cette question va, en effet, dépendre, en grande partie, le contenu de la législation en matière de logement.
La question mérite également d'être posée au début de cette réunion-débat, car elle donne lieu très souvent à des affirmations qui ne sont jamais vérifiées. En effet, la plupart des associations qui, de manière altruiste et humaniste, défendent les intérêts des plus démunis, de ceux qu'on appelle du sigle politiquement correct : les S.D.F. (les Sans domicile fixe), ces associations brandissent comme un étendard le droit fondamental au logement qui exigerait que toute personne ait le droit de réclamer et d'obtenir une habitation décente. Mais ce droit fondamental existe-t-il vraiment dans notre Constitution ?
Avant d'apporter des éléments de réponse à la question posée, il faut s'entendre sur la notion même de droit fondamental qui est très controversée parmi les juristes. Il faut essayer de schématiser. Un droit fondamental n'est pas n'importe quel droit. Le droit fondamental n'est pas un droit patrimonial, comme le droit de propriété que je peux avoir sur mon appartement ou ma maison ou ma voiture. Le droit fondamental est inhérent à la personne qui en est le bénéficiaire. Le droit fondamental est, en ce sens, un droit personnel que son bénéficiaire ne peut pas céder ou vendre, contrairement au droit patrimonial.
Un droit fondamental n'est pas n'importe quel droit, dans la mesure également où, comme son nom l'indique, il est fondamental. En droit, cela signifie qu'il doit être garanti au plus haut niveau de la hiérarchie des normes, c'est-à-dire au niveau constitutionnel et, éventuellement, au niveau des conventions internationales.